Exemple de wassiya rédigée — Modèle complet annoté
En résumé : Une wassiya est un testament islamique structuré en sections précises — foi, dettes, legs volontaire (limité au tiers), héritiers et funérailles. Sur cette page, vous trouvez un exemple concret, annoté section par section, pour comprendre exactement quoi écrire.
Points essentiels à retenir
- La règle du tiers : en islam, le legs volontaire est limité à 1/3 du patrimoine net — les 2/3 restants reviennent aux héritiers légaux selon le miras. [Source : Sahih al-Bukhari 2742 ; Sahih Muslim 1628a]
- Priorité aux dettes : avant tout legs, les dettes (y compris les dettes religieuses comme la zakat non payée) doivent être remboursées intégralement. [Source : consensus des savants (ijma)]
- En France, 5,4 millions de musulmans : la wassiya est un acte pratiqué mais souvent remis à plus tard ; seul un testament sur 4 est rédigé avant 60 ans selon les études notariales INSEE/INED.
- Sans notaire : un testament olographe (entièrement manuscrit, daté, signé) est juridiquement valable en France sous l’article 970 du Code civil — aucun acte notarié n’est obligatoire.
- Déposer au FCDDV : le Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés permet à vos héritiers de retrouver votre testament après votre décès. Le dépôt coûte environ 27 €.
L’exemple complet : une wassiya rédigée, section par section
Voici un exemple de wassiya pour un testateur fictif, Youssef Benali, marié, père de deux enfants, résidant en France. Chaque section est suivie d’une explication.
Exemple de wassiya — Document complet
WASSIYA DE YOUSSEF BENALI Testament islamique — Rédigé le 15 mars 2026 à Lyon (69)
SECTION 1 — Déclaration de foi
« J’atteste qu’il n’y a de divinité digne d’adoration qu’Allah, et que Muhammad est Son serviteur et Son Messager. Je rédige cette wassiya en pleine conscience, dans l’espoir de la miséricorde d’Allah et par obéissance à Sa parole et à celle de Son Prophète (paix et salut sur lui). »
Pourquoi cette section ? La déclaration de foi ouvre toute wassiya conforme à la sunna. Elle pose l’intention (niyya) islamique du document et rappelle que l’acte est avant tout spirituel. Elle n’a pas d’effet juridique en France, mais est essentielle sur le plan religieux.
SECTION 2 — Identité du testateur
Je soussigné, Youssef Benali, né le 12 juin 1978 à Casablanca (Maroc), de nationalité française, demeurant au 14 rue des Acacias, 69003 Lyon, marié à Fatima Benali (née Hamdaoui), père de Amine Benali (né le 3 mai 2005) et de Leïla Benali (née le 17 septembre 2008), rédige ce testament islamique.
Pourquoi cette section ? L’identité précise (nom complet, date et lieu de naissance, adresse, situation familiale) est indispensable pour qu’aucun doute ne subsiste sur l’auteur du testament. Mentionner les enfants établit clairement qui sont vos héritiers directs.
SECTION 3 — Mes dettes et obligations
Je demande à mes héritiers de s’acquitter en priorité des dettes suivantes, avant tout partage :
1. Prêt bancaire Crédit Lyonnais, compte n° XXXX-XXXX, solde restant dû au moment du décès (relevé à consulter auprès de l’établissement). 2. Prêt personnel accordé par mon ami Karim Mansouri (12 rue Victor Hugo, 69002 Lyon) : 2 000 € prêtés en janvier 2024, non encore remboursés. 3. Zakat al-Fitr et zakat al-mal non acquittées pour l’année 2025 : je demande à mes héritiers de donner l’équivalent à une association caritative islamique de leur choix.
Pourquoi cette section ? En islam, mourir endetté est grave. Le Prophète (ﷺ) refusait initialement de diriger la prière funéraire d’un homme endetté jusqu’à ce que sa dette soit prise en charge (Sahih al-Bukhari 2289). Lister vos dettes — même informelles — protège votre âme et votre famille. N’oubliez pas les obligations religieuses certaines (zakat, kaffaras, vœux non tenus) et demandez un avis qualifié pour leur traitement.
SECTION 4 — Legs volontaire (wasiyyat al-thuluth)
Dans la limite du tiers (1/3) de mon patrimoine net après remboursement des dettes, je lègue :
— 15 % de mon patrimoine net à l’Association Bayt Al-Hikma (Paris, 75010), pour ses programmes d’éducation islamique. — Le reste du tiers disponible à la Fondation Eau Claire (Paris, 75010), pour financer des puits comme aumône continue. Si elle n’existe plus ou ne peut recevoir le legs, l’exécuteur choisira une association française enregistrée poursuivant le même objet.
Si le total de ces legs dépasse le tiers légal islamique, ils seront réduits proportionnellement.
Pourquoi cette section ? C’est la seule partie « libre » d’une wassiya. Vous ne pouvez pas léguer plus d’un tiers à des non-héritiers (règle unanimement acceptée par les quatre madhhabs). Ce legs peut bénéficier à une association, une mosquée, une personne dans le besoin — mais pas à un héritier légal déjà bénéficiaire du miras (sauf accord de tous les héritiers). [Source : Ibn Qudama, Al-Mughni, vol. 6]
SECTION 5 — Héritage (miras)
Les deux tiers (2/3) restants de mon patrimoine, après dettes et legs ci-dessus, seront distribués selon les règles islamiques du miras, conformément au Coran (sourate An-Nisa, versets 11-12 et 176) :
— Mon épouse Fatima aura droit à 1/8 de l’ensemble de la succession (car j’ai des enfants). — Le reste sera partagé entre mes enfants selon la règle : Amine (fils) recevra une double part par rapport à Leïla (fille), conformément à la loi islamique.
Je demande à mes héritiers de se rapprocher d’un savant ou d’une association islamique compétente pour procéder au calcul exact (‘ilm al-fara’id).
Pourquoi cette section ? La répartition des 2/3 n’est pas libre — elle suit les règles précises du ‘ilm al-fara’id (science des successions islamiques). Indiquer vos héritiers et rappeler la règle est utile pour guider vos proches. Attention : en France, la réserve héréditaire garantit une part minimale à chaque enfant. Si les deux systèmes sont incompatibles, le droit français s’impose devant les tribunaux.
SECTION 6 — Tuteur des enfants mineurs
Si mon épouse venait à décéder avant moi ou en même temps que moi, je désigne comme tuteur de mes enfants mineurs mon frère, Omar Benali (né le 5 janvier 1982, demeurant 8 impasse des Lilas, 69006 Lyon). Je lui fais confiance pour les élever dans la foi islamique et lui délègue toute autorité parentale nécessaire.
Pourquoi cette section ? Désigner un tuteur est l’un des actes les plus importants pour un parent. En France, le juge des tutelles tient compte du souhait des parents, même s’il reste libre de sa décision. Choisissez quelqu’un en qui vous avez totalement confiance, pratiquant, fiable et disponible.
SECTION 7 — Exécuteur testamentaire
Je désigne ma femme, Fatima Benali, comme exécutrice testamentaire principale. En cas d’indisponibilité, je désigne mon frère Omar Benali. Ils sont chargés de s’assurer que mes volontés — religieuses et civiles — sont respectées, et de coordonner avec le notaire et les organismes concernés.
Pourquoi cette section ? L’exécuteur testamentaire (wasi) veille à l’application de vos volontés. Choisissez une personne de confiance, organisée, et informez-la de son rôle de votre vivant.
SECTION 8 — Funérailles islamiques
Je souhaite que mes funérailles soient accomplies selon le rite islamique sunnite : — Ghusl (lavage rituel) effectué par un homme musulman pratiquant. — Kafan (linceul blanc) en trois pièces pour un homme. — Prière du janaza à la mosquée Al-Taqwa de Lyon (ou toute mosquée disponible). — Inhumation en terre, orienté vers la qibla, dans un carré musulman ou un cimetière islamique. Je préfère être enterré en France, proche de ma famille. — Aucune crémation. — Je demande à ma famille de réciter des duaas et de faire des dons en mon nom (sadaqa jariya).
Pourquoi cette section ? Ces volontés ne sont pas juridiquement contraignantes en France, mais elles guident vos proches dans un moment de deuil difficile, évitant les désaccords familiaux. Les pompes funèbres musulmanes et de nombreuses mairies françaises disposent désormais de carrés confessionnels islamiques.
SECTION 9 — Signature et date
Fait à Lyon, le 15 mars 2026. Lu et approuvé. Signature : Youssef Benali (Empreinte digitale optionnelle)
Pourquoi cette section ? Pour un testament olographe valide en France : il doit être entièrement écrit à la main (pas dactylographié), daté (jour, mois, année) et signé. Sans l’un de ces éléments, il est nul. [Source : Article 970 du Code civil français]
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Comment adapter cet exemple à votre situation
Cet exemple est un point de départ. Votre wassiya devra refléter votre situation personnelle : composition de votre famille, patrimoine, dettes, associations que vous souhaitez soutenir.
Quelques ajustements courants :
Si vous êtes célibataire sans enfants : vos héritiers légaux islamiques seront vos parents, puis vos frères et sœurs. Le tiers peut être alloué librement à des associations ou amis.
Si vous avez des enfants non-musulmans : en islam, un non-musulman n’hérite pas d’un musulman (et inversement) selon la règle classique. Consultez un savant pour adapter votre wassiya. [Source : Fatawa Ibn Baz, vol. 14]
Si vous avez un bien immobilier : mentionnez l’adresse et le titre de propriété. La liquidation du bien devra passer par un notaire en France de toute façon.
Si vous avez une assurance-vie : les contrats d’assurance-vie en France ne font pas partie de la succession civile (hors succession islamique aussi dans la plupart des avis). Nommez vos bénéficiaires directement auprès de l’assureur.
Wassiya et droit français : ce qu’il faut savoir
La France reconnaît les testaments olographes rédigés en langue française ou étrangère, à condition qu’ils soient manuscrits, datés et signés. [Source : Article 970, Code civil]
Toutefois, trois points de friction existent entre le droit islamique et le droit français :
- La réserve héréditaire : les enfants ont droit à une part minimale garantie (de 1/2 à 3/4 selon le nombre d’enfants). On ne peut pas les déshériter totalement.
- L’égalité entre héritiers : la règle islamique « au fils le double de la fille » n’est pas automatiquement appliquée par les tribunaux français si un héritier la conteste.
- Le legs aux héritiers : léguer par testament à un héritier légal est possible civilement mais déconseillé islamiquement (sauf accord de tous les héritiers).
Pour les Muslims de France, la stratégie conseillée est de rédiger une wassiya qui respecte à la fois la Charia et le Code civil, et de demander aux héritiers de s’entendre à l’amiable pour appliquer les règles islamiques dans la mesure du possible.
À lire aussi : Comment faire un testament islamique — Guide complet 2026 · Rédiger un testament islamique étape par étape
Créer votre propre wassiya en 10 minutes
Lire un exemple est une bonne première étape. Mais rédiger la vôtre, adaptée à votre famille et à votre patrimoine, est ce qui compte vraiment.
Sur Wassiyatoun, un questionnaire guidé vous pose les questions essentielles dans un ordre clair. Vous obtenez gratuitement un testament islamique personnalisé en PDF, à vérifier selon votre situation religieuse et juridique puis à établir dans la forme exigée par la loi applicable.
Vous pourrez la modifier autant de fois que vous le souhaitez si votre situation change.
Questions fréquentes
Quelle est la structure d’une wassiya bien rédigée ? Une wassiya complète comprend : la déclaration de foi (shahada), l’identité du testateur, les dettes à rembourser, le legs volontaire (maximum 1/3 pour les non-héritiers), la désignation d’un exécuteur testamentaire et d’un tuteur si besoin, et les souhaits concernant les funérailles islamiques.
Combien peut-on léguer à une personne extérieure à la famille en islam ? Selon la règle islamique du tiers (wasiyyat al-thuluth), on ne peut léguer qu’un maximum d’un tiers (1/3) de son patrimoine net à des personnes qui ne sont pas héritières légaux. Les deux tiers restants sont distribués selon les règles du miras. [Source : Sahih Bukhari 2742]
Une wassiya est-elle valide légalement en France ? Oui, à condition qu’elle respecte le droit français : entièrement manuscrite, datée et signée (art. 970 Code civil). Certaines dispositions islamiques peuvent entrer en conflit avec la réserve héréditaire française.
Faut-il un notaire pour rédiger une wassiya ? Non. Un testament olographe est valable sans notaire. Vous pouvez rédiger et télécharger votre wassiya sur Wassiyatoun, puis la signer à la main. Enregistrer votre testament au FCDDV (Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés) est facultatif mais recommandé.
Que se passe-t-il si je décède sans wassiya ? Sans wassiya, le Prophète (ﷺ) a dit : « Il n’est pas permis à un musulman qui a quelque chose à léguer de passer deux nuits sans avoir son testament écrit auprès de lui. » (Sahih Muslim 1627a pour deux nuits ; Muslim 1627d rapporte trois nuits). En pratique, seul le droit civil français s’appliquera, sans tenir compte de vos souhaits islamiques.
Peut-on inclure ses funérailles dans sa wassiya ? Oui, et c’est vivement recommandé. Précisez : ghusl, kafan, prière du janaza, orientation vers la qibla, inhumation en terre dans un carré islamique. Ces souhaits guident vos proches dans un moment de deuil.
Comment indiquer mes dettes dans ma wassiya ? Listez chaque dette avec : le nom du créancier, le montant approximatif, et le document justificatif si possible. Incluez les dettes religieuses (zakat non acquittée, kaffaras). En islam, aucun legs ne peut être exécuté avant que toutes les dettes soient remboursées.
Sources
- Sahih al-Bukhari 2738 — Le hadith des deux nuits encourage à tenir son testament prêt et devient particulièrement impératif lorsque des dettes ou des droits doivent être documentés. Sahih al-Bukhari 2742 et Sahih Muslim 1628a fondent séparément la limite du tiers. Bukhari 2738 · Bukhari 2742 · Muslim 1628a
- Code civil français, Article 970 — Conditions de validité du testament olographe en France (entièrement manuscrit, daté, signé). legifrance.gouv.fr
- Conseil Supérieur du Notariat (CSN) — Informations sur le dépôt au Fichier Central des Dispositions de Dernières Volontés (FCDDV) et la réserve héréditaire. notaires.fr
- Ibn Qudama, Al-Mughni, vol. 6 — Traité classique de jurisprudence hanbalite sur les règles du legs (wasiyya) et du miras, incluant la règle du tiers et l’interdiction de léguer aux héritiers.
- Sourat An-Nisa, versets 11–12 et 176 — Fondements coraniques de la répartition islamique de l’héritage (fara’id). quran.com/4/11